- Date de création : 18 avril 1855, pour l'Exposition universelle de Paris
- 61 châteaux classés en 5 niveaux pour les rouges du Médoc (+ Haut-Brion en Graves)
- 27 crus classés pour les liquoreux de Sauternes et Barsac
- Une seule modification : Mouton Rothschild promu Premier Cru en 1973
- L'origine historique du classement de 1855
- La hiérarchie en cinq niveaux décryptée
- 1973 : la seule modification en 170 ans
- Le classement est-il encore pertinent aujourd'hui ?
- Au-delà du classement : Crus Bourgeois et autres hiérarchies
- Investir dans les Crus Classés : guide pratique
- Questions fréquentes
Le classement de 1855 reste, plus de 170 ans après sa création, la référence absolue pour hiérarchiser les grands vins de Bordeaux. Commandé par Napoléon III à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, il classe 61 châteaux du Médoc en cinq niveaux — des Premiers Crus aux Cinquièmes Crus — plus les vins liquoreux du Sauternes et du Barsac. Pourtant, ce classement n'a été modifié qu'une seule fois depuis sa création. Comment fonctionne-t-il ? Est-il encore pertinent aujourd'hui ? Ce guide décrypte l'essentiel.
1. L'origine historique du classement de 1855
En 1855, Napoléon III souhaite présenter les meilleurs vins français à l'Exposition universelle de Paris. Il demande aux courtiers de la place de Bordeaux d'établir un classement officiel des vins du Médoc. Ces courtiers, intermédiaires entre producteurs et négociants, disposent d'une connaissance fine des prix de vente des différents châteaux sur plusieurs décennies[1].
Le classement repose donc sur un critère principal : le prix moyen de vente des vins sur les cent années précédentes. Plus un vin se vendait cher, plus il était classé haut. Ce critère économique, loin d'être arbitraire, reflétait la qualité perçue par le marché — car les acheteurs de l'époque étaient des négociants expérimentés qui connaissaient parfaitement les terroirs.
Le résultat est publié le 18 avril 1855 : 61 châteaux du Médoc (plus Château Haut-Brion, en Graves) sont répartis en cinq niveaux, des Premiers Grands Crus Classés aux Cinquièmes Crus. Parallèlement, un classement distinct est établi pour les vins liquoreux de Sauternes et Barsac, avec 27 crus répartis en trois niveaux, dominés par l'unique Premier Cru Supérieur : Château d'Yquem.
2. La hiérarchie en cinq niveaux décryptée
Le classement distingue cinq catégories pour les rouges du Médoc, du plus prestigieux au plus accessible :
- Premiers Crus (5 châteaux) : Lafite Rothschild, Latour, Margaux, Haut-Brion, Mouton Rothschild
- Deuxièmes Crus (14 châteaux) : Rauzan-Ségla, Léoville-Las Cases, Pichon-Longueville…
- Troisièmes Crus (14 châteaux) : Palmer, Calon-Ségur, Giscours…
- Quatrièmes Crus (10 châteaux) : Beychevelle, Talbot, Saint-Pierre…
- Cinquièmes Crus (18 châteaux) : Lynch-Bages, Pontet-Canet, Grand-Puy-Lacoste…
Il est crucial de comprendre que même un Cinquième Cru Classé représente l'élite absolue de Bordeaux. Sur les milliers de propriétés viticoles du bordelais, seules 61 ont été retenues. Être « dernier » du classement de 1855, c'est tout de même figurer parmi les meilleurs vins du monde[2].
Pour le Sauternes, la hiérarchie est plus simple : un Premier Cru Supérieur (Yquem, seul), 11 Premiers Crus et 15 Deuxièmes Crus. Ce classement des liquoreux est souvent méconnu mais tout aussi historique que celui des rouges.
Le classement de 1855 n'est pas un jugement de goût figé : c'est la photographie d'un marché qui avait deux siècles de recul. Sa longévité prouve qu'il avait raison sur l'essentiel.
3. 1973 : la seule modification en 170 ans
Depuis 1855, le classement n'a été officiellement modifié qu'une seule fois. En 1973, le baron Philippe de Rothschild obtient la promotion de Château Mouton Rothschild du rang de Deuxième Cru à celui de Premier Cru Classé. Cette reclassification, signée par le ministre de l'Agriculture Jacques Chirac, intervient après des décennies de lobbying intensif[3].
La devise du château résume cette ascension historique. Avant 1973 : « Premier ne puis, second ne daigne, Mouton suis. » Après 1973 : « Premier je suis, second je fus, Mouton ne change. » Cette modification reste à ce jour l'unique révision du classement, malgré les évolutions considérables du vignoble bordelais.
Plusieurs propriétés pourraient légitimement prétendre à une reclassification — Château Palmer ou Pontet-Canet, par exemple, produisent des vins régulièrement au niveau des Deuxièmes Crus. Mais tout processus de révision ouvrirait une boîte de Pandore juridique que personne ne souhaite affronter, tant les enjeux financiers sont colossaux.
4. Le classement est-il encore pertinent aujourd'hui ?
La question revient régulièrement : un classement vieux de 170 ans peut-il encore refléter la réalité du vignoble ? La réponse est nuancée. D'un côté, les Premiers Crus occupent toujours le sommet qualitatif et commercial : Lafite, Latour, Margaux et Haut-Brion dominent les enchères mondiales et les critiques internationales. La hiérarchie du haut reste remarquablement stable.
De l'autre, certains Cinquièmes Crus surpassent désormais des Deuxièmes ou Troisièmes sur le plan gustatif. Lynch-Bages et Pontet-Canet sont cités en permanence comme des « super-Cinquièmes » dont les prix rivalisent avec les Deuxièmes Crus. À l'inverse, quelques Troisièmes ou Quatrièmes Crus n'ont pas toujours maintenu le niveau attendu[4].
Le classement reste néanmoins un repère irremplaçable pour le consommateur. Il offre une grille de lecture simple dans un univers bordelais d'une complexité redoutable — des milliers d'étiquettes, des dizaines d'appellations, des millésimes très variables. Pour gérer vos bouteilles bordelaises et suivre leur apogée, Apogenio vous aide à planifier votre cave sur le long terme.
5. Au-delà du classement : Crus Bourgeois et autres hiérarchies
Le classement de 1855 ne couvre qu'une infime partie du vignoble bordelais. Pour le reste du Médoc, une autre hiérarchie existe : les Crus Bourgeois, réformés en 2020 avec trois niveaux (Cru Bourgeois, Cru Bourgeois Supérieur, Cru Bourgeois Exceptionnel), révisés tous les cinq ans. Ce classement offre un excellent rapport qualité-prix pour les amateurs qui ne veulent pas payer le prix des Grands Crus Classés.
Saint-Émilion possède son propre classement, révisé régulièrement (le dernier date de 2022, non sans polémiques). Pomerol, en revanche, n'a jamais eu de classement officiel — ce qui n'empêche pas Pétrus et Le Pin d'être parmi les vins les plus chers du monde. Les régions viticoles françaises offrent une diversité de classifications qui mérite d'être explorée.
Pour la rive gauche, les Graves disposent de leur propre classement depuis 1959, avec 16 châteaux classés en rouge et blanc. Pessac-Léognan abrite ainsi des perles comme Haut-Bailly, Smith Haut Lafitte ou Domaine de Chevalier, qui rivalisent avec les meilleurs Médocs sans appartenir au classement de 1855.
Le classement de 1855 est un monument historique, pas un guide d'achat. Le consommateur averti doit regarder au-delà des étiquettes pour trouver la vraie valeur à Bordeaux.
6. Investir dans les Crus Classés : guide pratique
Les Crus Classés de 1855 sont devenus des actifs financiers à part entière. Les Premiers Crus s'échangent entre 300 et 1 500 € la bouteille selon le millésime, tandis que les Cinquièmes Crus restent accessibles entre 30 et 80 €. Pour un amateur souhaitant constituer une cave de garde bordelaise, les Cinquièmes Crus représentent le meilleur point d'entrée.
Quelques repères pour bien acheter :
- Achetez en primeur (en souscription l'année suivant la récolte) pour les grands millésimes : les prix progressent ensuite sur le marché secondaire
- Privilégiez les millésimes reconnus : 2005, 2009, 2010, 2015, 2016, 2019, 2020 sont des valeurs sûres
- Stockez correctement : température stable de 12-14 °C, humidité de 70 %, obscurité
Pour piloter vos achats bordelais et ne jamais rater l'apogée d'un millésime, la planification de cave Apogenio vous alerte au bon moment. Chaque bouteille est suivie de l'achat jusqu'au service idéal.
7. Questions fréquentes
Combien de châteaux figurent dans le classement de 1855 ?
Le classement compte 61 châteaux pour les vins rouges du Médoc (plus Haut-Brion en Graves) et 27 châteaux pour les vins liquoreux de Sauternes et Barsac, soit 88 propriétés au total.
Pourquoi le classement de 1855 n'a-t-il jamais été révisé ?
Les enjeux financiers sont trop importants : une reclassification pourrait faire perdre ou gagner des millions d'euros à un château. De plus, il n'existe pas de cadre juridique clair pour une révision, et aucun acteur n'a intérêt à ouvrir ce débat.
Château Haut-Brion n'est pas dans le Médoc, pourquoi est-il classé ?
Haut-Brion, situé dans les Graves (Pessac-Léognan), était tellement réputé et cher en 1855 que les courtiers l'ont inclus d'office comme Premier Cru, faisant exception à la règle géographique.
Les Crus Classés sont-ils toujours les meilleurs vins de Bordeaux ?
Pas nécessairement. Certains vins non classés, comme Pétrus (Pomerol) ou Le Pin, sont plus chers et souvent mieux notés que des Premiers Crus de 1855. Le classement ne couvre qu'une partie du vignoble bordelais.
Le classement de 1855 est à Bordeaux ce que la tour Eiffel est à Paris : un monument que l'on critique sans jamais pouvoir s'en passer.
Article rédigé par l'équipe Apogenio App, l'application française de gestion de cave à vin avec sommelier IA. Créer votre cave gratuitement →